10 décembre 2006
telethon 3637
Un combat pour vaincre les maladies neuromusculaires…
L’AFM a pour mission de vaincre les maladies neuromusculaires, 200 maladies différentes, toutes rares et pour la plupart d’origine génétique. Ces maladies touchent les enfants comme les adultes et se traduisent par une perte de force musculaire qui a des conséquences dramatiques sur certaines fonctions vitales (bouger, respirer, avaler…). Il n’existe aujourd’hui aucun traitement permettant de guérir ces maladies qui tuent muscle après muscle.
Une approche qui bénéficie aux maladies génétiques et aux maladies rares…
Pour parvenir plus vite à son objectif, l’AFM a choisi de mener une stratégie d’intérêt général qui bénéficie aux maladies génétiques et aux maladies rares dans leur ensemble. Grâce au Téléthon, un véritable bond en avant a été fait, ces dernières années, dans la compréhension de nombreuses maladies génétiques et dans la reconnaissance en France et en Europe des 6000 maladies rares qui concernent 3 millions de personnes en France et 25 millions d’européens. L’AFM soutient la recherche sur ces maladies, à travers notamment l’Institut des Maladies Rares dont elle assure 51% du financement depuis sa création.
© Téléthon - AFM
Et même aux maladies plus fréquentes
Le combat de l’AFM pour la mise au point de thérapies innovantes a également des retombées pour le traitement de maladies plus fréquentes comme l’infarctus du myocarde ou certains cancers. A travers l’exploration des voies thérapeutiques émergentes (gène-médicament, chirurgie du gène, cellules souches), c’est la médecine de demain qui naît aujourd’hui.
Sommaire
Guérir : La stratégie scientifique de l’AFM, ses actions et ses réalisations
Zoom sur quelques actions ou projets financés par l'AFM
Pour aller plus loin
A - Depuis 1987 : des victoires remportées
En 1987, le premier Téléthon sortait de l’oubli des maladies ignorées de tous et pour lesquelles la médecine et la science n’avaient aucune réponse. Dix-huit ans après, les résultats du combat de l’AFM sont là :
- le génome humain a été décrypté,
- des centaines de gènes responsables de maladies ont été découverts,
- des vecteurs pour transporter les gènes-médicaments ont été inventés,
- des premières percées sur l’Homme ont été réalisées en thérapies génique et cellulaire,
- les cellules souches capables de régénérer des tissus ou des organes dévoilent chaque jour de nouvelles potentialités,
- les essais sur l’Homme se multiplient.
Focus Généthon : du génome au médicament
Créé et financé par l’AFM depuis 1990, Généthon est un laboratoire unique au monde qui a su, depuis sa création, être un formidable accélérateur de la recherche génétique et un lieu d’innovation unique : réalisation des premières cartes du génome humain, contribution à la découverte des gènes responsables de plusieurs centaines de maladies, mise au point de vecteurs innovants pour transporter les gènes-médicaments.
Aujourd’hui, Généthon illustre le chemin parcouru par l’AFM grâce aux dons du Téléthon en abordant la dernière ligne droite : l’application à l’Homme des thérapies issues de la connaissance des gènes pour les maladies rares. Généthon prépare ainsi quatre essais sur l’Homme pour des maladies neuromusculaires et un déficit immunitaire d’ici 2009. Le laboratoire de l’AFM se dote également d’une unité de production de vecteurs à usage clinique : il a été ainsi le premier laboratoire en France à recevoir cette année la labellisation BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication) délivrée par l’Afssaps pour la production de vecteurs AAV. Deux de ses projets de thérapie génique ont également reçu en 2005 le statut de médicament orphelin (transfert de gène-médicament dans la gamma-Sarcoglycanopathie, saut d’exon dans la myopathie de Duchenne).

© Téléthon - AFM
B - 2005 : les nouvelles batailles
1 : Des territoires prometteurs à explorer
Grâce aux progrès de la recherche, de nouvelles pistes thérapeutiques porteuses d’espoir voient le jour. L’AFM s’attache à les explorer toutes car, demain, chacune d’entre elles pourraient s’appliquer à des maladies différentes ou se combiner pour une même maladie.
Par exemple : la chirurgie du gène. Alors que le concept originel de la thérapie génique consiste à apporter un gène-médicament au cœur des cellules pour remplacer un gène défaillant, la chirurgie du gène, quant à elle, agit directement sur l’anomalie génétique ou sur son message : elle peut, par exemple, intervenir sur des « codons stop » qui bloquent le fonctionnement d’un gène ou supprimer la partie erronée dans le message du gène. Une nouvelle voie prometteuse qui permet la production même partielle d’une protéine efficace. C’est ce qu’a montré Généthon, en 2004, en réparant les muscles de souris modèles de la myopathie de Duchenne, grâce à la technique du saut d’exon.
Autre exemple : les cellules souches. Grâce à leur capacité à se transformer en différents types de cellules (peau, sang, muscle, foie, cœur…), elles permettraient de régénérer des tissus, voire des organes. L’AFM a considérablement renforcé son soutien aux équipes innovantes dans ce domaine à travers l’Institut de Biothérapie à Montpellier, l’Institut Cochin à Paris, ainsi que le projet I-Stem et le laboratoire Généthon à Evry.
Focus : Chirurgie du gène : sur la piste du saut d’exon
Grâce aux dons du Téléthon, les chercheurs de Généthon ont réussi, grâce à la toute nouvelle technique du saut d’exon associée à un vecteur AAV, à restaurer la protéine manquante dans les muscles de souris malades. Un résultat publié dans la prestigieuse revue Science et salué par la communauté scientifique internationale. L’AFM poursuit l’exploration de cette piste, notamment sur le gros animal. Soucieuse d’étendre au plus grand nombre les retombées de ses percées, elle a lancé un programme d’identification de maladies rares auxquelles cette technique innovante pourrait s’appliquer. De son côté, Généthon prépare, pour 2007, un essai clinique sur l’Homme pour la myopathie de Duchenne. L’AFM soutient, pour cette même maladie, un essai thérapeutique néerlandais utilisant une technique voisine.
2 : Des percées à confirmer
Appliquer les thérapies innovantes à l’Homme dès que possible, c’est la démarche de l’AFM, qui ne perd jamais de vue son objectif : la guérison.
Ainsi, le laboratoire Généthon, créé par l’AFM et financé grâce aux dons du Téléthon, poursuit sa réorientation vers les essais cliniques : préparation de quatre essais de thérapie génique sur l’Homme pour des maladies neuromusculaires et un déficit immunitaire, et ouverture en 2005 d’une unité de production de vecteurs cliniques pour les essais.
Deuxième bras armé de l’AFM, l’Institut de Myologie à Paris est devenu, en moins de dix ans, un centre d’expertise reconnu sur le muscle sain ou malade : 16 protocoles cliniques s’y déroulent aujourd’hui et, chaque année, une cinquantaine de médecins et de biologistes y sont formés à la myologie, science et médecine du muscle.
Enfin, l’AFM soutient de nombreux essais cliniques en cours ou préparation, dans le cadre de son programme Nouvelle Frontière lancé en 2002. Sont concernées : des maladies neuromusculaires, des maladies neurologiques, des maladies de la peau, du système immunitaire, du sang… Ils utilisent la thérapie génique, que ce soit par transfert de gènes sains ou par correction de gènes, la thérapie cellulaire, que ce soit par greffe de cellules autologues, par greffe de cellules de donneurs sains, ou par greffe de cellules autologues génétiquement modifiées, ou la pharmacologie, que ce soit pour agir sur l’anomalie ou pour ralentir l’évolution de la maladie.
Focus : Plus d’une quarantaine d’essais cliniques financés par l’AFM
A l’heure actuelle, plus d’une quarantaine d’essais cliniques bénéficiant d’un financement de l’AFM ont été réalisés, sont en cours ou en préparation. Ils impliquent des approches thérapeutiques différentes et complémentaires.
Un tableau des essais cliniques répertoriant le type de traitement est disponible en annexe.
3 : Des obstacles à surmonter
De nombreux obstacles à la transformation des essais sur l’Homme en médicaments sont identifiés. L’AFM concentre moyens et efforts à ces domaines stratégiques :
- connaître et répertorier précisément les anomalies génétiques en cause pour savoir quelle thérapeutique peut être utilisée
- perfectionner les vecteurs qui transportent les gènes-médicaments au cœur des cellules
- faire en sorte que les gènes-médicaments soient diffusés le plus largement possible et s’insèrent au bon endroit du génome
- comprendre et maitriser notre système immunitaire
- développer les modèles expérimentaux (animaux et cellulaires, notamment) les plus adaptés
A - Stem : Des cellules souches embryonnaires pour les maladies monogéniques
Issu d’une collaboration entre l’AFM, Généthon, l’Inserm, la Génopole et l’Université d’Evry, le tout nouveau projet I-Stem a démarré en janvier 2005 au sein d’un incubateur de projets scientifiques créé à Evry par l’AFM et Généthon.
Son objectif : montrer, d’ici fin 2006, que les cellules souches embryonnaires humaines ont des potentialités thérapeutiques pour les maladies monogéniques. Sous la direction de
Marc Peschanski (Inserm U421), l’équipe de lancement de 25 personnes travaille autour de trois programmes de recherche largement interconnectés.
1 : l’usine cellulaire met en œuvre une recherche technologique qui doit permettre la prolifération à grande échelle des cellules souches embryonnaires humaines et leur différenciation en cellules spécialisées.
2 : la plateforme d’étude des thérapies cellulaires a pour objectif d’explorer l’utilisation des cellules souches embryonnaires dans le cadre de thérapies cellulaires substitutives depuis l’expérimentation in vivo jusqu’aux portes des essais cliniques. La thérapie cellulaire substitutive vise à transformer en cellules spécialisées des cellules souches embryonnaires non porteuses d’une maladie génétique et de les implanter chez le malade pour pallier la dégénérescence des cellules malades. I-Stem teste cette voie thérapeutique pour combattre la maladie de Huntington (greffe de neurones) et l’atteinte cardiaque dans la myopathie de Duchenne (greffe de cardiomyocytes).
3 : le laboratoire de modélisation pathologique est consacré à l’identification des mécanismes pathologiques et de traitements pharmacologiques adaptés à travers l’utilisation de lignées de cellules souches porteuses d’une mutation pathogène. Cette activité repose sur l’identification de biomarqueurs associés à la mutation et le criblage à haut débit de molécules susceptibles de modifier leur expression. Deux maladies bénéficient de cette approche : une maladie neuromusculaire, la myotonie de Steinert et la maladie de Huntington.
Pour mener à bien ses travaux, l’équipe de Marc Peschanski a bénéficié des premières autorisations d’importation de lignées de cellules souches embryonnaires : la première sans mutation génétique caractéristique venue de Suède (février) et la deuxième comportant la mutation caractéristique de la myotonie de Steinert venant de Belgique (août).
Fin 2006, un premier bilan scientifique de l’activité d’I-Stem sera dressé à partir duquel il sera envisagé de créer un véritable institut consacré au développement des approches thérapeutiques liées aux cellules souches embryonnaires humaines pour l’ensemble des maladies monogéniques.

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Le soutien de l’AFM au projet de lancement d’I-Stem se traduit par :
- un financement direct de 3 millions d’euros sur 2 ans (2005 et 2006), permettant notamment le financement de 13 contrats à durée déterminée
- l’accueil de l’équipe dans un laboratoire équipé de 500 m2
- un accès privilégié aux services scientifiques et administratifs de Généthon
Marc Peschanski, directeur scientifique de ce projet, commente :« Le fait que nous travaillions au sein d’une structure AFM-Généthon nous a permis d’être opérationnel très rapidement et avec les moyens nécessaires. L’AFM, grâce aux dons du Téléthon, soutient mes travaux en matière de thérapie cellulaire depuis plus de 15 ans. Aujourd’hui, grâce à ce soutien renouvelé, je peux aller plus vite dans des recherches totalement nouvelles, sur lesquelles seules quelques équipes au monde travaillent. Avec un but commun : guérir. »
B - Etude BONAMI : Une nouvelle approche de thérapie cellulaire pour le cœur
La thérapie cellulaire cardiaque représente une nouvelle approche thérapeutique très prometteuse dans l’infarctus du myocarde car elle vise à utiliser les propres cellules du patient pour réparer le cœur. En effet, les traitements et interventions médicales actuellement prescrits ne permettent pas toujours une récupération totale de la zone lésée et laissent des séquelles. Réparer cette zone et reconstituer le tissu cardiaque est l’objectif principal de la thérapie cellulaire cardiaque. Pour la première fois en France, un essai de grande envergure, démarré en mars 2005, utilise dans cet objectif les cellules souches de la moelle osseuse.
Conçue par les équipes médicales et de recherche de l’Institut du Thorax de Nantes et coordonnée par le Pr. Patricia Lemarchand de l’Institut du Thorax à Nantes, l'étude BONAMI (BONe marrow cells in Acute Myocardial Infarction) a pour but d’évaluer les effets de l’injection de cellules de moelle osseuse sur le processus de réparation du cœur après un infarctus du myocarde. Cette étude est réalisée grâce à un réseau qui réunit les CHU de Nantes, de Lille, de Créteil, de Toulouse, de Montpellier et de Grenoble, et l’unité INSERM U533 au sein de l’Institut du Thorax. Elle bénéficie d’un financement du programme national hospitalier de recherche clinique et de l’AFM, grâce aux dons du Téléthon.
Les recherches expérimentales récentes ont permis de démontrer que certaines cellules immatures de la moelle osseuse sont capables de se transformer en cellules cardiaques et en cellules vasculaires dans les zones de l’infarctus. Si les organes touchés tentent en général de se réparer par eux-mêmes, la présence de ces cellules amplifie le phénomène naturel. L’objectif dans le cas d’un infarctus est de favoriser la réparation partielle de la partie endommagée, afin d’éviter la dilatation cardiaque et la diminution des performances cardiaques conduisant à l’insuffisance cardiaque.
L’étude BONAMI est réalisée sur des patients victimes de leur premier infarctus, de moins de 75 ans et ayant un infarctus sévère et récent. Plus de 37 patients ont été inclus à ce jour.
Le traitement par thérapie cellulaire est envisagé après une première intervention consistant à désobstruer l’artère concernée par les méthodes classiques d’angioplastie et de mise en place d’une prothèse endocoronaire dite « stent ». Deux groupes de patients sont constitués : un groupe témoin recevant les traitements classiques et un groupe recevant la thérapie cellulaire. Dans ce dernier groupe, 50 ml de moelle osseuse sont prélevés chez le patient, au niveau de l’os de la hanche, avant d’être envoyés à l’Etablissement Français du Sang pour y être concentrés en une solution de 10 ml. Cette solution est ensuite réinjectée, à J+7 après infarctus, grâce à un cathéter dans l’artère fémorale et envoyée via une sonde jusqu’au cœur. Le gain attendu en termes de performance cardiaque est la récupération d’une viabilité du tissu cardiaque dans la zone initialement nécrosée par l’infarctus.
Cette stratégie thérapeutique présente un certain nombre d’avantages : les cellules sont obtenues sous simple anesthésie locale et ré-administrées au patient dans les heures qui suivent, limitant ainsi les manipulations des cellules. Cette thérapie ne nécessitant pas de nouvelle intervention chirurgicale, elle peut donc facilement être utilisée chez des patients qui viennent d’être victimes d’un infarctus. Enfin, les propriétés thérapeutiques de ces cellules sont bien connues puisqu’elles sont utilisées depuis plus de 40 ans pour des greffes de moelle osseuse dans le traitement de leucémies.

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Le deuxième objectif de cette étude est d’identifier des facteurs biologiques prédictifs de la réussite de la thérapie cellulaire. Comme n’importe quelle stratégie thérapeutique, la thérapie cellulaire cardiaque ne permettra probablement d’améliorer qu’une partie des patients atteints d’infarctus du myocarde. Il s’agit d’identifier, grâce à une analyse biologique approfondie des cellules souches de la moelle osseuse et du sang de chaque patient, le ou les sous-groupes de patients les plus susceptibles de répondre au traitement. Ainsi, dans un deuxième temps, sur un simple prélèvement sanguin on pourra prévoir si la thérapie cellulaire cardiaque est une stratégie thérapeutique avec une bonne chance de succès chez un patient donné.
L’étude BONAMI permettra de quantifier l’effet bénéfique de cette nouvelle approche thérapeutique et d’identifier les patients pouvant en bénéficier. Elle est indispensable à un éventuel développement de la thérapie cellulaire cardiaque à grande échelle.
C - Dystrophie musculaire des ceintures de type 2A
1 : Thérapie génique réussie sur la souris
La dystrophie musculaire des ceintures de type 2A est une des formes les plus courantes de dystrophie des ceintures. Elle est caractérisée par un déficit en calpaïne 3, enzyme spécifique du muscle squelettique impliquée dans les mécanismes de signalisation de la cellule musculaire et dans la régulation du cytosquelette. Cette enzyme permettrait au muscle de s’adapter aux conditions auxquelles on le soumet. Sans calpaïne 3, le muscle ne s’adapte donc plus et les cellules meurent.
Le gène CAPN3 codant pour cette enzyme est situé sur le chromosome 15 (à ce jour, plus de 190 mutations génétiques ont été identifiées). La maladie, décrite pour la première fois en 1884 par Erb, un neurologue allemand, se transmet sur le mode autosomique récessif. On estime que cette maladie concerne une personne sur 15 000 à 150 000 (selon la zone géographique). En France, elle toucherait entre 200 et 400 personnes.
Les signes cliniques de cette maladie apparaissent habituellement autour de 13 ans, par une faiblesse musculaire symétrique des muscles des ceintures pelviennes et du tronc. La maladie évolue en touchant les muscles fessiers et des cuisses et, plus tardivement, les quadriceps et les muscles des mollets. La perte de la marche survient habituellement 10 à 20 ans après les premiers signes.
2 : Réussite d’une thérapie génique sur la souris
Une équipe de chercheurs du laboratoire Généthon, menée par le Dr. Isabelle Richard, travaille depuis plusieurs années sur une approche thérapeutique de cette maladie par transfert de gène sain. Un essai préclinique sur des modèles murins a été mené, avec pour but de vérifier l’efficacité du transfert de gène et la tolérance. Les chercheurs ont utilisé un vecteur de type AAV (adeno-associated virus) pour transférer le gène sain de la calpaïne 3 dans le muscle.
Les résultats de cet essai ont été prometteurs, avec une expression forte et stable de la protéine dans les cellules (deux mois après les injections, le taux d’expression de la protéine se maintenait), une restauration de l’activité protéolytique et pas de toxicité apparente. De plus, les prélèvements ont montré que le gène-médicament AAV-calpain3 avait intégré correctement l’endroit ciblé de la cellule (le sarcomère). Enfin, les chercheurs ont constaté une amélioration notable des données histologiques et sur le plan physiologique, notamment une correction de l’atrophie musculaire et une augmentation de la masse et de la force musculaire.
Un essai de phase I sur l’Homme est dorénavant prévu à l’horizon 2007, dont le but sera d’étudier la tolérance de l’injection intramusculaire. Pour ce faire, les chercheurs de Généthon pourront s’appuyer sur la toute nouvelle unité de production de vecteurs à usage clinique, à Généthon, qui vient de recevoir la labellisation BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication) délivrée par l’Afssaps pour la production de vecteurs AAV.
D - Maladie de Crigler-Najjar
1 : Essai préclinique de thérapie génique réussi sur le rat
Dans les années 1950, deux Américains - les docteurs Crigler et Najjar - découvrent une maladie à laquelle ils donnent leur nom : la maladie de Crigler-Najjar.
Cette maladie monogénique se manifeste dès les premières heures de vie. Elle est causée par la déficience d’une enzyme du foie qui empêche l’élimination de la bilirubine, substance toxique pour l’organisme. Il s’agit en fait d’une jaunisse congénitale qui se prolonge toute la vie. Cette jaunisse « sans fin » peut entraîner, chez les enfants concernés, des atteintes neurologiques, cérébrales et neuromusculaires. Elle met en jeu leur pronostic vital du fait de la toxicité de la bilirubine.
Cette maladie rare touche une naissance sur un million. En France, on compte une vingtaine de personnes atteintes. Le seul traitement préventif à disposition aujourd’hui, la photothérapie, oblige les enfants à rester minimum 12 à 16 heures par jour sous des lampes à lumière bleue. Ces patients sont suivis pour la plupart par le Pr. Philippe Labrune dans le service de Pédiatrie de l’Hôpital Antoine Béclère, à Clamart.
La maladie de Crigler-Najjar apparaît comme une maladie modèle pour la thérapie génique : un seul gène en cause et un seul organe concerné, le foie. En août 2005, l’équipe de Nicolas Ferry (biothérapies en hépatogastroentérologie - EE 0502 CIC-Inserm4, CHU de Nantes) a ainsi publié les résultats concluants d’un essai de thérapie génique sur un modèle animal naturel de cette maladie, le rat Gunn. Les chercheurs ont injecté dans le sang de rats malades âgés de deux jours des vecteurs viraux portant le gène codant l’enzyme manquante (appelée bilirubine uridinediphosphate glucuronosyltransférase). Six semaines après, les concentrations de birilubine sont apparues normales. La correction est encore effective 1 an et demi après. Les chercheurs s’attachent aujourd’hui à améliorer le vecteur utilisé et à le tester sur de plus gros animaux.
Ces travaux ouvrent ainsi la voie à une application clinique pour la maladie de Crigler-Najjar. Ils permettent également de tirer des enseignements sur le transfert de gène dans le foie, enseignements utiles pour toutes les pathologies hépatiques.
E - Maîtriser le rejet immunitaire
1 : Une stratégie reposant notamment sur un « gène-suicide »
Le Pr. David Klatzmann (UMR 7087 CNRS/UPMC « Biologie et Thérapeutique des Pathologies Immunitaires » et Service de Biothérapies, AP-HP) travaille au développement de nouvelles stratégies thérapeutiques pour les maladies auto-immunes ainsi que pour la maladie du greffon contre l’hôte, complication fréquente des greffes allogéniques de moelle osseuse (le donneur de moelle n’est pas le malade). Objectif commun de ces travaux : maîtriser la réaction immunitaire.
Trois essais thérapeutiques sont ainsi prévus dont le premier vient de démarrer.
a - Prévention de la maladie du greffon contre l’hôte (GVH) dans le traitement des leucémies :
Les malades atteints de leucémie reçoivent une greffe de moelle osseuse, comprenant notamment des cellules souches hématopoïétiques et des lymphocytes T, qui vise à éliminer les cellules leucémiques. Ces greffes indispensables à leur guérison peuvent néanmoins conduire au déclenchement de la GVH dont la mortalité est extrêmement élevée : 15 % dans les cas les plus favorables (donneur génoidentique) jusqu’à plus de 30 % s’il s’agit d’un donneur non apparenté. L’équipe du Pr. Klatzmann a mis au point une technique permettant de réduire ces risques. Celle-ci consiste à introduire dans les lymphocytes T greffés un gène-suicide. En cas de GVH, le gène-suicide est activé par un médicament (Ganciclovir) qui se transforme en une substance toxique détruisant les lymphocytes responsables de la GVH sans endommager les autres cellules. Un essai clinique qui concerne 12 patients vient de débuter. Il est destiné à prouver la sécurité et l’efficacité de cette approche thérapeutique.
b - Prévention de la GVH dans le traitement les maladies auto-immunes avec myélodysplasie:
Ce projet vise à permettre de pratiquer des greffes de moelle osseuse allogénique pour le traitement des maladies auto-immunes les plus sévères. Ces greffes sont potentiellement curatives pour ces pathologies très invalidantes, voire mortelles. Cependant elles ne peuvent être envisagées que si le taux de mortalité lié à la GVH descend à moins de 5%, ce qui devrait être établi dans l’essai précèdent. L’objectif du traitement est ici de remplacer le système immunitaire autoréactif des malades par un système immunitaire normal. Il faut noter que la situation pourrait être plus favorable que dans l’essai précèdent dans la mesure où le patient n’a pas de maladie maligne.
Les maladies auto-immunes concernées sont les formes sévères de la polyarthrite rhumatoïde, la sclérodermie et les polymyosites. Dans un premier temps, seuls les malades justifiant d’une greffe pour des complications de leur traitement seront inclus.
Pour ces deux essais utilisant la même technologie, l’AFM et l’AP-HP financent l’achat des lots de vecteurs. Le premier a déjà été produit; le deuxième est actuellement produit en collaboration avec Généthon. L’AP-HP finance l’essai « leucémie » et l’AFM l’essai « maladies auto-immunes ».
c - Administration de lymphocytes T régulateurs dans les maladies auto-immunes :
Les lymphocytes T régulateurs (Treg) jouent un rôle majeur dans la prévention des maladies auto-immunes. Leurs potentialités thérapeutiques ont été largement démontrées chez la souris par de nombreuses équipes, et notamment pour les polymyosites par l’équipe du Pr. Klatzmann. Parallèlement, cette équipe a mis au point les conditions nécessaires à la purification et à l’expansion des Tregs humaines pour une utilisation clinique. Les données pré-cliniques et la méthodologie développées devraient permettre la mise en route en 2006 d’un protocole clinique dans les polymyosites.
Par ailleurs, les cellules Treg pourraient potentiellement être utilisées dans des pathologies telles que le diabète, le lupus, la sclérose en plaques ainsi que pour le traitement des rejets de greffes.
3°) Pour aller plus loin
Ce dossier a été réalisé par la Direction de la communication de l’AFM.
Créée en 1958 par des malades et parents de malades touchés par les maladies neuromusculaires, l’Association Française contre les Myopathies lutte sans relâche sur tous les fronts : du développement de thérapeutiques innovantes à l’aide aux malades et à leurs familles confrontés, jour après jour, à la maladie. Son budget dépend de la générosité du public : pour aider l’AFM à poursuivre son combat contre la maladie, participez au Téléthon les 2 et 3 décembre 2005 en faisant un don. (lien vers www.telethon.fr).
19:35 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Vas faire un tour sur mon blog http://sauldreetsologne.hautetfort.com/
Tu verras comment une ville de 6100 habitants vit le Téléthon
Ecrit par : Sauldre & Sologne | 10 décembre 2006
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